
Minimotos - La moto façon ''PIMOUSSE''Par Frank Donzelli le 13/03/2008 00:00
Ça faisait un petit moment qu’un comparatif ‘‘minimotos’’ nous trottait dans la tête. Ces bêtes de cross en réduction, véritables jouets pour adulte en mal de sensations fortes, sont un peu les ‘‘Pimousses’’ de la moto tout-terrain : petites, mais costaudes ! Ça va charcler !

Ah, le motocross ! Ces jumps de folie, ces longues glisses, cette terre qui vole, ces moteurs qui aboient… C’est beau, ça m’en mettrait presque la larme à l’œil, tiens. Surtout lorsque je pense aux tarifs des machines, à leur entretien, et à la condition physique nécessaire pour en tirer la quintessence. Ouïe. Heureusement, pour s’amuser tout autant sans se prendre le chou avec son banquier et son kiné (encore que…), il y a la minimoto, le pit-bike, le nut… Plusieurs appellations pour un seul et même type de machine : des motos tout-terrain miniatures pour grands enfants.
L’actualité n’a pas toujours été très tendre avec ces « joujoux », dont l’utilisation détournée sur la voie publique a entraîné quelques macabres faits-divers. Médias, gouvernement et police ont une fois de plus tout mélangé pour faire de la mini une catégorie pestiférée dans l’opinion publique, et rendre la tâche difficile aux fabricants et aux vendeurs de ses petites machines qui n’ont rien de dangereuses à condition de les utiliser à bon escient, c’est-à-dire sur un terrain privé.
Bref. Si, chez Trash Test, on ne cautionne pas les « pièges » vendus en supermarchés au prix d’un blister de piles, il existe quelques marques qui proposent des minis de qualité, à des tarifs certes un chouïa plus élevés, mais encore largement accessibles. RDJ et CRZ sont de ceux-là. D’autres, comme Stratagem Bike, ont carrément choisi de tourner leur production vers le haut de gamme. On retrouve alors des composants dignes d’une vraie machine de cross, et les prix qui vont avec. Normal !
Nous avons donc donné rendez-vous à ces trois constructeurs sur le domaine du Billardier pour une petite confrontation entre les RDJ DBX 125, Pitpro Comp et CRZ 140.
Ça pique les yeux
Un à un, les pits sont descendus des camions. Les couleurs pétantes tranchent avec le givre du matin. Il n’y a pas à dire : ces petites machines en jettent ! À commencer par la Pitpro Comp. Tiré du catalogue Stratagem, le modèle de notre essai a disputé quelques manches du championnat Minimoto SX aux mains de Lucas Bechis, pilote du team Trash Test Le Mag en mini et en championnat de France de motocross Elite. Sous sa robe blanche parsemée de touches orange, le magnifique ensemble cadre et bras oscillant en alu inspire la robustesse, tout comme la grosse fourche Marzocchi Shiver de 35 mm réglable. L’amortisseur d’origine a été troqué contre un élément haute performance réglable dans tous les sens pour assurer une bonne absorption sur les gros chocs. Normalement munie de jantes av/ar de 12’’/10’’, la Pitpro est ici dotée de deux éléments en 12’’, qui conviennent mieux au pilotage de Lucas. Le moteur, un monocylindre 4-temps 119 cm3 double arbre à cames à 4 soupapes de marque Daytona, est quant à lui rigoureusement identique au modèle que vous pourrez vous offrir contre la belle somme de 5000 €. Si ce n’est que là, il est un peu fatigué : « on n’a pas eu le temps de le reconditionner depuis ma dernière course d’endurance », nous prévient Lucas. Pas grave, on fera avec !
Les CRZ amenées pour l’occasion ne manquent pas d’allure elles non plus. Très semblables esthétiquement, les 140 et 140i ne diffèrent que par quelques upgrades (carburateur, culasse, échappement, CDI…) apportés à la version « i ». Toutes deux disponibles avec, au choix, des jantes en 12’’/10’’ ou 14’’/12’’, elles reposent sur un cadre tubulaire en chromoly, un bras oscillant cantilever en aluminium noir, et un ensemble suspension DNM réglable. L’habillage rouge et blanc est du plus bel effet, et le souci du détail bien présent. Exemple : le té de fourche en aluminium taillé dans la masse est… réglable ! Pas mal pour des machines dont les tarifs sont contenus à 1360 € pour la 140 de base, et 1890 € pour la 140i.
La RDJ, enfin, se veut moins tape-à-l’oeil. L’origine taiwanaise de la majeure partie des composants de la DBX est revendiquée par la marque française, pour qui le but est avant tout d’offrir une machine au rapport solidité/performance/prix imbattable. Et avec un prix promo à 999 € (contre 1390 € en tant normal), on les croit plus que jamais ! Hélas, l’essai commence plutôt mal pour la DBX stock, dont l’hydraulique de l’amortisseur est arraché lors d’une mauvaise manœuvre à la descente du camion… Heureusement, Christophe Gereaud, pilote du team RDJ, a emmené sa machine perso qui, même si elle n’a plus grand chose à voir avec l’origine, va nous permettre de nous faire une idée de ce que vaut une mini préparée pour la course. Le monocylindre Chianoni 2 soupapes de la DBX d’origine cède ici la place à un Daytona 4 soupapes à double arbre à cames similaire à celui qui équipe la Pitpro Comp. Le cadre alu est lui aussi différent, tandis que la fourche a été remplacée par une Marzocchi, et l’échappement par un système BBR. Des jantes en 14’’/12’’ – contre 12’’/12’’ d’origine – concluent la liste des principales modifications apportées à la bête. Ainsi parée, elle a remporté le championnat MinimotoSX 2006 : c’est dire si elle envoie de l’air ! En revanche, le tarif n’est plus le même, et se rapproche dans cette configuration de celui de la Stratagem. On n’a rien sans rien…
Minimoi, en selle !
Allez, il est temps de se recroqueviller au guidon de la CRZ 140, dont les roues de grands diamètres m’inspirent davantage que les « roulettes » de sa soeur 140i. La prise en main est facilitée par un moteur doux, assez puissant pour se faire plaisir, mais qui ne menace pas de me refaire le dos à coups d’ornières gelées à chaque rotation de la poignée. Le châssis, que je sens très sain dans son comportement général, malmène méchamment ma pauvre carcasse dans les trous et les bosses. Boudiou que c’est dur, tout ça… Même si ma piètre condition physique tient une part prépondérante dans ce constat, Lucas Bechis me rassurera plus tard en me confirmant que les suspensions de la CRZ, certes de bonne facture pour une machine à 1390 €, mériteraient quelques réglages pour mieux absorber les irrégularités… Ça me fait toujours une bonne excuse !
Au moment de passer sur la Pitpro, je me dis que je vais prendre cher. À voir Lucas survoler la piste à son guidon, je comprends sans même avoir posé mon séant sur sa selle qu’elle se rapproche davantage d’une vraie machine de cross que d’un joujou pour grand gamin. Le moteur, même un peu fatigué par des heures à toc dans le sable, semble envoyer grave le pâté, et je commence déjà à penser à ma séance de kiné du lendemain. Pourtant, une fois la première enclenchée, tout me semble d’une facilité déconcertante. Les suspensions travaillent à merveille. La puissance, certes copieuse, reste parfaitement dosable. Bon, je ne suis pas assez habitué au format « pit-bike » pour oser des facéties, mais la Pitpro fait revenir en moi quelques lointains instincts de l’époque où je roulais en motocross, avec la facilité et le fun en plus.
Reste la RDJ « coursifiée ». Là, Christophe me fait peur : en l’observant, on a l’impression que sa moto est incapable de garder la roue avant au sol à l’accélération. Le petit mono craque comme un vrai moteur de course, et son pilote ne le ménage pas. Chaud comme une baraque à frite par 40° à l’ombre, il va même jusqu’à s’en coller quelques-unes pas piquées des hannetons, avant de repartir le couteau entre les dents, comme si le titre de champion AMA de Supercross l’attendait à l’arrivée. Une fois derrière le guidon, je valide : c’est du violent, et il faut lui rentrer dedans pour mettre son châssis en défaut. Mais alors, quel panard de se prendre pour Carmichael au guidon d’une machine qui ne coûte même pas le dixième de la sienne !
En fait, j’ai essayé les trois machines dans le bon ordre : la CRZ pour apprendre ou s’amuser sans se prendre la tête, la Stratagem pour avoir une machine de course sortie de caisse, puis la RDJ préparée racing pour se faire mal… Quand je vous disais qu’elles étaient petites, mais costaudes, ces minimotos !
Interview Christophe Gereaud
Christophe est un des nombreux riders du team RDJ. Christophe ne déroge pas à la règle, et s’il n’est pas très bavard, je peux vous assurer qu’il se rattrape quand il tourne la poignée droite de sa mini ! Séance interminable de wheeling, toujours à l’attaque… Merci pour le spectacle, Christophe !
100% Moteur : Salut Christophe. Une petite présentation ?
Christophe Gereaud : Je m’appelle Christophe Gereaud. J’ai 22 ans. Dans la vie, je suis jardinier. Sinon, je fais partie du Team RDJ. Je ne participe pas à beaucoup de courses, mais je finis toujours bien placé à celles dont je prends part.
100% Moteur : Pourquoi fais-tu de la mini ?
Christophe Gereaud : J’ai un salaire modeste, et la mini permet à ceux qui ont un petit budget de pouvoir s’éclater en tout-terrain. Les machines ont beau avoir un format réduit, ça reste du cross.
100% Moteur : Quelles principales qualités doit avoir une mini pour bien s’éclater à son guidon ?
Christophe Gereaud : Il faut absolument une bonne partie-cycle, avec des suspensions performantes. Il faut aussi retravailler le moteur, car aujourd’hui, avec un moteur d’origine, tu as du mal à rivaliser avec des machines comme les Kawasaki 110 KLX.
100% Moteur : Pourquoi choisir une machine RDJ plutôt qu’une autre marque ?
Christophe Gereaud : Tout d’abord pour la fiabilité des minis RDJ. Ils proposent des machines performantes d’origine, tout en gardant des tarifs abordables. En plus, il y a une véritable équipe autour de toi, que ce soit pour le service après-vente ou pour la compétition.
Interview Arnaud & Olivier - crz
100% Moteur : Salut Arnaud et Olivier. Présentez-nous la marque CRZ.
Arnaud & Olivier : CRZ est un constructeur français qui fabrique ses propres motos directement en Chine, et qui les importe pour les distribuer en France dans un réseau national de revendeurs.
100% Moteur : Ce sont des motos spécifiques ?
Arnaud & Olivier : L’usine nous envoie des samples (des pièces prototypes, NDR) qu’on teste en France. On essaie pas mal de machines chaque année. Une fois qu’on arrive au meilleur compromis, on valide, et on lance la production.
100% Moteur : Qu’est-ce qui caractérise une machine CRZ par rapport à la concurrence ?
Arnaud & Olivier : C’est surtout l’ensemble des services que l’on propose. On a un très gros stock de pièces, ce qui n’est pas négligeable dans la mini. On travaille pas mal sur la compétition, et on fait un gros travail sur la qualité des pièces. On cherche avant toute chose à ne pas décevoir nos clients. Aujourd’hui, les cadres et les bras oscillants ne posent plus de problèmes, alors on bosse sur les pièces qui sont plus fragiles. Nos machines se démarquent par pas mal de petits détails qui font qu’on gagne en qualité.
100% Moteur : Quelle est l’étendue de la gamme CRZ ?
Arnaud & Olivier : On commence avec la 88 et son embrayage automatique. Ensuite on a une 125 New qui est plus pour le père de famille qui veut apprendre à son fils ou pour faire des petites balades avec sa femme. On a la 125 Pro qui est plus pour le cross mais en restant «soft». Et enfin, on a les haut de gamme, les 140 et 140i, qui envoient du lourd pour tout ce qui est performance et compétition.
100% Moteur : Et au niveau des tarifs ?
Arnaud & Olivier : On part de 759 € pour l’entrée de gamme, et ça monte à 1 890 € pour la 140i.
Interview Lucas Bechis
100% Moteur : La minimoto, c’est juste pour le fun, ou ça t’apporte quelque chose pour le motocross ?
Lucas Bechis : C’est assez utile, parce qu’il faut être vachement précis avec une mini. Ça aide pour les sauts, par exemple. Au début, c’était uniquement pour le plaisir, mais maintenant, avec l’évolution des machines, le pilotage se rapproche davantage de celui de véritables motos de cross.
100% Moteur : Qu’est ce qui différencie ta mini des autres machines ?
Lucas Bechis : Le moteur Daytona quatre soupapes marche très fort. C’est, pour moi, le meilleur moteur de mini en ce moment. Les suspensions sont vraiment très importantes aussi. L’amortisseur est très gros pour bien absorber les chocs. Pour l’année prochaine, on va essayer de remplacer la fourche Marzocchi standard par une fourche de plus gros diamètre, avec plus de débattement.
100% Moteur : Est-ce que la mini peu être un tremplin pour accéder aux compétitions de motocross ?
Lucas Bechis : Ça peut être bien pour ceux qui veulent débuter en motocross, et qui n’ont pas trop de budget. Ça permet de faire connaissance avec la discipline, et voir si tu es bon ou si tu ne feras jamais rien. Ça marche aussi dans l’autre sens. Certains crossmen se mettent à la mini pour retrouver un plaisir qu’ils n’ont plus en motocross.
100% Moteur : Quelles sont tes premières impressions sur les CRZ ?
Lucas Bechis : J’ai essayé la 88. C’est très bien pour commencer, pour les jeunes de 6/8 ans qui ne savent pas encore bien se servir d’un embrayage. Les 140 et 140i sont de bonnes machines. Il faut juste se pencher un peu sur leurs suspensions pour améliorer l’amortissement. Niveau moteur, c’est sûr, ça marche moins bien qu’un Daytona, mais il y a de quoi s’amuser pour ceux qui ont un budget plus serré.
Photos : Tommy MARIN - www.carbontm.com