Interview Matthieu LAGRIVE

Interview Matthieu LAGRIVEPar Frank Donzelli le 08/05/2008 00:00
La saison du Mondial Supersport a démarré sur les chapeaux de roues et le Championnat du Monde d’Endurance promet d’être plus disputé que jamais. Matthieu Lagrive va se battre sur les deux fronts, et compte faire des étincelles…
Pourquoi vous parle-t-on souvent de Matthieu Lagrive ? Pourquoi avons-nous souhaité qu’il fasse partie du « Team 100% Moteur » ? Matthieu Lagrive est un oiseau rare dans le monde du sport moto. Rare parce que ce n’est pas donné à tout le monde de décrocher trois titres consécutifs de Champion du Monde d’Endurance, tout en faisant l’intégralité du Championnat du Monde Supersport et de s’offrir un podium en fin de saison 2007 sur une machine privée. Rare aussi parce que Matthieu est quelqu’un de simple, naturel, qui vit sa passion sans se prendre la tête. Son franc parler ne l’a pas toujours servi, mais au moins il dit ce qu’il pense, sans calcul, sans langue de bois. Ses mots transpirent l’envie de gagner, de se donner à fond, et si les résultats ne sont pas là, il ne va pas « taper » sur son team ou sa machine. Il analyse, se remet en question et essaie de trouver les points sur lesquels lui, son équipe et son entourage doivent travailler.
Juste avant les 24 Heures du Mans, nous lui avons posé quelques questions sur sa prochaine saison qui s’annonce décisive…
100% Moteur : Est-ce que 2008 va être « l’année Matthieu Lagrive » ?
Matthieu Lagrive : « L’année Matthieu Lagrive », ça ne veut pas dire grand-chose pour moi. Je ne vais pas changer ma façon de faire. Je vais prendre les courses comme je l’ai toujours fait, en donnant le meilleur de moi-même et en visant les meilleurs résultats possibles. C’est sûr, avec le SERT (Suzuki Endurance Racing Team ndlr), je pars pour la gagne et pour un nouveau titre. En Supersport, c’est un peu plus compliqué. Nous devons progresser tout au long de l’année pour faire mieux à chaque course. Je vais aussi essayer de me contrôler pour être le plus efficace possible.
100% Moteur : Ton intersaison a été assez mouvementée. Peux-tu nous expliquer tes choix ?
M.L. : Le team Intermoto avec qui je roule en Supersport était en relation avec Yamaha Europe pour rouler sur des R6. Il était donc logique que j’essaie de rouler sur la même marque en Supersport et en Endurance. C’est pour cela que je me suis rapproché du GMT. Malheureusement, les ententes financières entre Yamaha Europe et Intermoto n’ont pas abouti. Mon team est donc revenu chez Honda. J’étais donc libre de choisir mon équipe en Endurance et comme le SERT est ce qui se fait de mieux dans cette catégorie, je suis resté chez eux. En plus j’ai une histoire particulière avec eux.
100% Moteur : L’Endurance et le Supersport sont deux disciplines très différentes. Est-ce que tu te prépares différemment pour ces deux championnats ?
M.L. : Pas du tout. C’est la même préparation. Il faut juste avoir des approches différentes des courses. En Endurance, il faut savoir se préserver pendant la semaine pour être au top le samedi à 15 heures pour le départ. En Supersport il faut tout donner sur un laps de temps plus court. À côté de 24 heures de course, une manche de Supersport c’est un peu de la « rigolade » physiquement. Par contre, j’ai un peu de mal à me mettre tout de suite dans le rythme et je perds souvent du temps en début de course. En Endurance, même si les épreuves deviennent des sprints de plusieurs heures, je prends toujours un ou deux relais d’observation pour accélérer quand les adversaires faiblissent un peu. C’est cette différence de rythme qui est le plus dur à gérer.
100% Moteur : Ne serait-il pas mieux de se concentrer sur un seul objectif ?
M.L. : Par le passé ça me posait des problèmes. Avec mon expérience aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Et puis il faut savoir que je ne pourrais pas m’en sortir en courant simplement en Supersport. Aujourd’hui encore, c’est l’Endurance qui me fait « manger ». Il faut que je progresse encore en Supersport pour décrocher un top team et peut-être un jour vivre de ça. La seule chose à laquelle il faut faire attention, ce sont les chutes. Il faut se préserver car, avec deux championnats, il y a beaucoup de week-end de courses.
100% Moteur : Penses-tu que ton team Intermoto en Supersport est à la hauteur de tes ambitions ?
M.L. : Intermoto est un très jeune team qui doit encore apprendre et qui manque de moyens par rapports aux autres structures du championnat. L’équipe est en constante évolution. Ca ne va jamais assez vite pour moi car je deviens de plus en plus exigeant, mais il ne faut jamais baisser les bras. On progresse, mais les autres, avec 2 fois plus de moyens, progressent 3 fois plus vite. C’est une constante course en avant. Il faut que l’on travaille encore beaucoup sur l’injection car c’est indispensable de nos jours. Nous avons un boîtier électronique du kit standard alors que les autres ont des boîtiers spécifiques qui leur font prendre 1 000 tr/min de plus. Rien qu’avec ça, je prends 10 km/h en ligne droite. Il faut aussi que je me bouge et que je progresse sur mon pilotage.
100% Moteur : Quels sont tes plus dangereux adversaires en Endurance ?
M.L. : Je ne considère pas que nous soyons les favoris. Pour moi, le GMT est le favori. Ils vont développer leur machine toute l’année en Mondial Superbike, alors s’ils ne sont pas devant, au moins aux essais, c’est qu’ils ne travaillent pas dans le bon sens. Ce sont eux qui vont avoir la pression cette année. Leur machine va être très légère et ils vont bénéficier de Pirelli très performants. Il faut savoir que le SERT a de moins en moins de budget et que c’est très dur de développer notre machine. La philosophie du team est d’avoir une machine robuste. Elle est donc assez lourde, ce qui n’est pas vraiment un atout sur une course de 24 heures. Par contre, notre moteur est fiable, très puissant et parfaitement exploitable. Il ne faut pas oublier la Kawasaki avec un trio de pilotes ultra efficaces.
100% Moteur : Malgré ton palmarès bien rempli, tu n’as encore jamais gagné les 24 Heures du Mans. Tu es maudit ici ?
M.L. : Je pense que je suis maudit car j’ai été conçu ici dans une canadienne ! À l’âge de trois mois j’étais déjà sur ce circuit ! Non, en fait Le Mans est un circuit particulier pour moi, car j’y ai beaucoup de bons souvenirs : 1ère victoire en Coupe Cagiva sur un 125 Mito, quelques exploits en 125, 1ère course d’Endurance… En plus pendant pas mal de temps j’habitais pas loin donc j’ai toujours beaucoup de soutien là-bas. C’est un circuit que j’affectionne, mais depuis quelques années nous jouons de malchance. On a tout pour gagner, on est toujours en tête pendant la course… mais jamais à l’arrivée !
100% Moteur : Est-ce que, du coup, cette course est particulière à tes yeux, ou est-ce une course comme les autres ?
M.L. : Un peu, car c’est la seule course d’Endurance que je n’aie pas gagnée avec les 8 Heures de Suzuka, mais je la prends comme une autre. Il faut bien la préparer et la gagner !
100% Moteur : Quelles sont les spécificités de cette course ?
M.L. : Aucune. Il faut être constant, rapide et envoyer du lourd tout le temps. Maintenant avec le rythme démoniaque des courses d’Endurance, le moindre problème est fatal.
100% Moteur : Pour finir, une question un peu plus personnelle. Tu as abandonné ton logo avec ta grive pour un logo « Mystic Rider ». Tu peux nous en dire plus ?
M.L. : Avec Sébastien Arputzo qui me designe mes casques, combi et logos, nous avions envie de changer. On est parti sur un délire Power Rangers parce que mon fils Louis est en plein dedans en ce moment. Je suis force bleue en Endurance et force rouge en Supersport ! Pour ceux qui connaissent, ces personnages sont des « Morphin Heroes », donc on est parti sur «Morphin Rider», mais le mot « Morphin » me mettait trop mal à l’aise. C’est comme si j’avais marqué « Cannabis Rider » dans le dos ou un truc comme ça, alors on a changé en « Mystic Rider ». Mais la grive va revenir très bientôt, déguisée… en Power Ranger !
Photos : David REYGONDEAU - www.reygondeau.com