
Essai gamme Husqvarna Supermotard 2008Par Frank Donzelli le 11/05/2008 00:00
Husqvarna aime le supermotard. Non contente de truster les premières places au plus haut niveau de la compétition, la marque italienne propose une vaste gamme de SM. Essai du cru 2008…
Mais avant d’arriver à 2008, un peu d’histoire. Si, si ! Car celle d’Husqvarna mérite le détour. Il faut remonter à 1689 et en Suède pour trouver les racines de la firme, qui fabriquait alors… des mousquets (l’ancêtre de notre bon vieux fusil, NDR) ! Rassurez-vous, nous n’allons pas épiloguer sur les nombreuses activités de la marque au fil des siècles. Mais nous tenons à préciser qu’elle n’a jamais fabriqué de chien (mouarf !), et que la branche moto d’Husky a vu le jour en 1903, avant d’être cédée à Cagiva en 1987, puis de passer dans le giron de BMW en octobre dernier. Aujourd’hui, la marque de moto Husqvarna, malgré ses origines suédoises et ses capitaux allemands, est italienne, et souhaite faire table rase de sa réputation de mauvaise fiabilité pour devenir le leader mondial sur le marché grandissant du supermotard.
UNE GAMME COMPLETE
Husqvarna a d’ailleurs été le premier, en 1998, à dégainer un SM de série, avec la SM610S. Depuis, la gamme s’est largement étoffée : la SM610 est la plus routière du lot, la SM125S la plus vendue, et les SM450R et SM510R les plus méchantes. Ajoutez à cela la toute nouvelle SM450RR, une machine « compétition client » prête à gagner des courses dès sa sortie de caisse, et vous obtenez la gamme SM la plus complète du millésime 2008.
La marque italienne nous a invités à prendre le guidon de toutes ces motos sur le circuit de Finestrat, en Espagne. Cerises sur le gâteau : les frères et pilotes « maison » Adrien et Thomas Chareyre étaient de la partie, et la 450 championne du monde 2007 Supermoto S1 aux mains d’Adrien était disponible à l’essai ! Miam !
450 SMR
Selon leurs concepteurs, les Husky SMR, toutes homologuées qu’elles soient, sont de pures bêtes de courses déguisées en belles des villes. Une philosophie racing trahie par une plastique aiguisée, rehaussée de tons rougeoyants et soulignée par des jantes noires du plus bel effet. Pour commencer en « douceur », je vais me « contenter » de la 450. Selle haut perchée, plate et fine, guidon monobarre pointant légèrement vers le ciel : pas de doute, la SM450R n’est pas là pour aller chercher le pain. Une pression sur le démarreur, et le monocylindre pousse ses premiers borborygmes. Alors que les Dunlop Sportmax D253 montent gentiment en température, je suis bluffé par la facilité de la mécanique, compte tenu du caractère exclusif de la machine. En haussant le rythme (à mon piètre niveau, NDR), la partie-cycle reste facile, et suit docilement les directives de son pilote. Le moteur, un peu creux à bas régime, dispose d’une allonge impressionnante, et tire fort sans jamais surprendre. Le potentiel est impressionnant pour une machine « de route », et je me demande bien ce que peut donner la même machine avec un moteur un peu plus pêchu…
510 SMR
Ca tombe bien : la SM510R est exactement la même moto que la 450, mais avec 52 cm3 en rab… Comme sa fausse jumelle, la 510 jouit pour 2008 d’un cadre double berceau et d’un bras oscillant inédits à la géométrie redéfinie. Elle perd ainsi 4 kg par rapport au millésime 2007, et devient plus compacte grâce à une ergonomie revue. L’injection a également fait son arrivée pour être en accord avec les normes antipollution Euro 3. À l’usage, un petit à-coup se fait ressentir à la remise des gaz. Pas méchant, mais toujours préoccupant au moment de rouvrir la poignée sur l’angle. Surtout que la 510, si elle se révèle tout aussi facile en partie-cycle que la 450, envoie grave du pâté ! Sur les trois premiers rapports, et à n’importe quel régime, la roue avant ne demande qu’à jouer les filles de l’air, et il faut une bonne dose de sang-froid au moment d’ouvrir en grand. Les frères Chareyre s’en amusent, et se complaisent à me déposer dans de longues dérives à l’accélération… ou au freinage, bien aidés par l’ensemble étrier et maître-cylindre radiaux Brembo. Les bougres ! Pour ceux qui recherchent une machine à sensation, la 510 remplira encore mieux l’affaire que la 450, plus dosable et exploitable par le commun des mortels.
450 SMRR
Le temps d’avaler une gorgée d’eau, je bascule dans l’univers de la compétition. Construite à seulement 100 exemplaires, et non-homologuée, la toute nouvelle SM450RR est calquée sur la machine au guidon de laquelle Adrien Chareyre a remporté le championnat du monde S1 en 2007 (cf. page suivante). Son cadre en acier très haute résistance soudé au TIG, sa colonne de direction réglable, ses tés de fourche en Ergal, ses jantes à rayons tubeless, ses suspensions Marzocchi et Sachs Racing, sa ligne d’échappement Arrow titane, ses nombreuses pièces en carbone, son moteur dérivé des modèles cross de la marque, ou encore sa boîte six vitesses associée à un embrayage anti-dribbling STM, annoncent la couleur : cette version RR est réservée à une clientèle avide de podiums et de sensations ! Pour un quidam comme moi, c’est beaucoup trop : si le moteur reste dosable, la grande vivacité de la partie-cycle, due notamment à la jante avant en 16,5’’ et à l’angle de colonne réduit, les pneus slicks, la rigidité et le freinage d’un autre monde me font perdre tous mes repères. Mais quel pied de rouler sur une vraie machine de course !
450 SMR S1
Perdu pour perdu, je me dis qu’il serait dommage de ne pas essayer la moto d’Adrien. « Tu vas voir, elle est ultra-facile, tu vas halluciner », me rassure l’intéressé. Moui… Vu comme il me charrie depuis ce matin, j’ai un doute. Alea jacta est : je suis en selle, je ne peux plus reculer. Et curieusement, je me sens tout de suite plus à l’aise sur la machine championne du monde en titre que sur la RR. La plus grosse surprise réside dans l’incroyable souplesse du mono, qui accepte de reprendre très bas dans les tours sans donner aucun mauvais coup de piston. Le carburateur Keihin de 41 mm prouve ici sa supériorité sur l’injection des modèles homologués. Deuxième surprise qui n’en est pas une : v’là pas comment ça pousse, le bazar ! Une catapulte, absolument pas brutale, mais surpuissante ! À se demander comment Adrien procède pour passer la puissance au sol dans les parties terre… Heureusement pour moi, le circuit de l’essai est composé à 100% de bitume. Mais déjà, mes bras se tétanisent sous l’effet des fortes accélérations et décélérations imposées par le tracé. Au freinage, l’embrayage anti-drible est impressionnant : même en passant du 4e au 1er rapport comme un cochon, la roue arrière ne bloque jamais. C’est tout juste si le slick accepte de glissouiller sur l’asphalte. Je comprends maintenant pourquoi les pilotes de SM glissent de moins en moins, et utilisent des trajectoires plus proches des machines de vitesse. Une véritable machine de rêve, cette Husky !
610 SM
Passer de la 450 d’Adrien Chareyre à la 610 revient à changer de monde. Partie-cycle plus large, plus lourde ; moteur (beaucoup) moins puissant et avec (beaucoup) plus d’inertie… Bref, ces deux motos n’évoluent pas dans la même cour. Pourtant, après quelques tours d’accoutumance, je commence à me faire plaisir avec cette 610. Le gros mono tracte avec force, et l’équilibre général ne souffre d’aucun reproche particulier. Seule la garde au sol limitée freinera vos ardeurs sur circuit. Mais il faut garder à l’esprit que la grosse Husky est avant tout conçue pour se faire plaisir sur route, et sera la seule du lot à accepter un traitement boulot, balade, duo et arsouille sans broncher, tout en demandant beaucoup moins d’entretien que les exclusives 450 et 510.
125 SMS
Eh oui, une fois n’est pas coutume : on termine par la plus petite cylindrée. En bon amateur de 2-temps, je constate avec bonheur qu’Husqvarna n’a pas encore décidé de mettre cette technologie au placard. Bien plus performant à cylindrée égale qu’un moteur 4-temps (notamment dans la catégorie des 125 cm3), le 2-temps tend à disparaître du marché à cause de normes antipollution toujours plus draconiennes. Pourtant, il est possible de construire des 2-temps « propres ». Et Husky le prouve avec cette nouvelle livrée de sa fameuse SM125S. Doté d’un carburateur électronique développé en collaboration avec Dell’Orto, et d’un double catalyseur d’échappement, le plus saignant des SM 125 répond ainsi avec succès aux normes Euro 3. Accessible dès 16 ans avec le permis AL en version bridée à 15 ch, cette machine délivre sa quintessence en version libre. Rageur et pétillant, le petit monocylindre permet d’entrer avec panache dans le monde du supermotard. Je déplore une position de conduite bizarre, due à un guidon qui pointe vers le sol, et un freinage un peu léger en regard de la santé du bloc Husky. Il faut tirer fort sur le levier pour décélérer. Attention aussi à l’absence totale de frein moteur, très perturbante quand on descend d’un 4-temps. Pour le reste, cette « petite » moto est un joujou extra, qui se paye au prix fort !

INTERVIEW : LES FRÈRES CHAREYRE
Adrien CHAREYRE – Champion du Monde S1 2007
Salut le « grand frère ». Qui es-tu, d’où viens-tu, et que fais-tu ?
Adrien, 22 ans, pilote de Supermotard depuis 2001. Avant, je faisais du cross, en 80 cm3. J’ai disputé ma première saison de SM en championnat de France 50 cm3 proto, que j’ai remporté. Je viens de remporter le Mondial S1 2007 sur Husqvarna, et je passe en Mondial S2 (600 cm3 et +) pour 2008.
Pourquoi le Supermotard ?
Thomas a commencé cette discipline avant moi. Je me débrouillais pas trop mal en cross. Mais ça coûtait cher, et j’ai eu l’opportunité d’être aidé en SM. En 2000, j’ai disputé la finale du Guidon d’Or de Bercy. Avec ma 125 Yamaha, je me suis battu contre Boris Chambon et sa 450 !
Tout est parti de là ?
Oui. Suite à ça, Marcel Seurat, qui s’occupait de la SIMA, nous a proposé d’essayer ses Husqvarna. Dès la première séance, je tournais à une seconde des chronos de Stéphane Blot. Il nous a embauchés direct, et depuis, nous sommes fidèles à Husky. Un grand merci à lui !
PALMARES SUPERMOTARD :
2001 : Champion de France 50 Proto
2002 : Championnat de France
(11e en 450, 9e en 600)
2003 : Championnat de France
(13e en 450, 6e en 600)
2004 : Championnat de France
(3e en 450, 2e en 600)
5e du championnat du monde 450 2005 : Champion de France 450
Vice-champion du monde 450
2006 : Champion de France 450
3e du championnat du monde 450
2007 : Champion du monde S1 Vainqueur du SM des Nations avec son frère Thomas et Thierry VDB.
Thomas CHAREYRE – Champion de France 450 2007
Salut le "petite frère". Qui es-tu, d'où viens-tu, et que fais-tu ?
Moi, c’est Thomas. J’ai 20 ans, et je suis pilote de SM depuis 2000. Je suis aussi passé par le cross, mais j’étais pas très bon. En 2007, j’ai remporté le championnat de France SM 450. Et pour 2008, je passe en Mondial S1…
Tu marches dans les traces de ton grand frère ?
Si on veut. J’ai commencé le SM avant lui, mais il a accédé aux premières places plus vite que moi. Ce serait génial si on pouvait remporter chacun notre championnat du monde cette année !
Vous faites tout ensemble ?
De moins en moins. On a chacun notre vie, maintenant. Mais on aime toujours s’amuser ensemble, comme faire du freeride avec nos SM ! (cf. photo ci-dessous, NDR…) L’entraînement piste, c’est bien, mais trop, ça tue le plaisir ! Il faut s’éclater, c’est primordial pour progresser.
PALMARES SUPERMOTARD :
2000 : 3e du championnat de France 50 Promo
2001 : Champion de France 50 Promo
2002 : 5e du championnat de France
Prmobiker (1er 125 2-temps)
2003 : Champion de France
Promobiker
2004 : Championnat de France
(13e en 450, 6e en 600)
14e du championnat du monde 450 2005 : 5e du championnat de France 450 / 12e du championnat du monde 450
2006 : Blessure
2007 : Champion de France 450
3e du championnat du monde 450
Vainqueur du SM des Nations avec son frère Adrien et Thierry VDB.
Photos : constructeur